Introduction au livre de Régine Pernoud (Editions Grasset et Fasquelle 1981)
"Lumière du Moyen Age"
Ce livre"Lumière du Moyen Age" a été entrepris quelques années après ma sortie de l'école des Chartes, dans l'éblouissement d'une découverte encore toute neuve.Pour moi, en effet, comme pour tout le monde; le "Moyen Age" était une époque de "ténébres".
 
On nous munissait, tant en littérature qu'en histoire d'un solide arsenal de jugements préfabriqués qui nous amenaient sans plus à déclarer naifs les auditeurs de Thomas d'Aquin et barbares les batisseurs du Thoronet.
 
Rien dans ces siècles obscures qui valût la peine de s'y attarder.
 
Et voilà qu'elle m'avait ouvert une fenêtre sur un autre monde.
Ces temps qu'on appelle obscurs m'apparaissaient dans une lumière insoupçonnée.
 
Le mérite de l'école était de vous mettre d'emblée face aux matériaux même de l'Histoire. Aucune "littérature", trés peu d'importance accordée aux opinions professées par des professeurs, mais une exigence rigoureuse vis-à-vis des textes anciens ou des monuments d'époques pris dans le sens le plus large.
On vous amenait en somme à être des techniciens de l'Histoire, et c'était plus nourrissant que les diverses philosophies de la même Histoire qu'on avait eu l'occasion d'aborder auparavant.
 
En troisième année surtout, l'archéologie, et plus encore l'histoire du droit, vous faisait pénétrer une société dans ses structures profondes comme dans son expression artistiques: on nous révelait un passé affleurant encore au présent, un monde qui avait vu s'épanouir le lyrisme, éclore la littérature romanesque et s'élever Chartres et Reims; à identifier une statue après l'autre, on découvrait des personnages d'une haute humanité; à feuilleter des chartes ou des manuscrits, on prenait conscience d'une harmonie dont chaque sceau, chaque tracée, chaque mise en page semblaient détenir le secret.
 
Si bien que peu à peu une question naissait: pourquoi ne nous avoir jamais rien laissé soupçonner de tout cela?
pourquoi ces programmes qui nous faisaient entrevoir qu'un grand vide entre le siècle d'Auguste et la Renaissance?
pourquoi fallait-il adopter sans discussion l'opinion d'un Boileau sur les siècles grossiers et n'accueillir qu'avec un sourire indulgent celles des romantiques sur la forêt gothique?
 
Régine Pernoud 

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